Troisième album pour un Pearl Jam au sommet de sa popularité après les succès colossaux de “Ten” (1991) et de “Vs.” (1993).

Le groupe est alors empêtré en pleine affaire judiciaire suite à la plainte qu’il a déposé contre Ticketmaster, LA société américaine de vente de places de concert. Il accuse celle-ci d’avoir créé une situation de monopole et de gonfler les commissions qu’elle prélève sur le prix des billets en sur-taxant les fans.

Rongé par les tensions internes (Jack Irons, batteur des Red Hot Chili Peppers, viendra remplacer Dave Abbruzzese à la fin de l’enregistrement), le groupe compose la quasi intégralité des titres qui constitueront ce “Vitalogy” lors des balances des concerts de la tournée “Vs.” et les enregistre de manière toute aussi décousue lors des day-off. En résulte un album ô combien foutraque, expérimental et déséquilibré, mais paradoxalement aussi incohérent et incompréhensible qu’il est génial et courageux.

Passant d’explosions punk-rock (“Last Exit”, “Spin The Black Circle”, “Not For You”) à des titres complètement WTF (“Bugs” et son accordéon de Fête de la Bière, le mantra d’“Aye Davanita”, l’interminable “Hey Foxymophandlemama, That’s Me” et ses samples de conversations de patients en HP) pour finalement accoucher de certaines des plus prodigieuses ballades du rock-alternatif (“Nothingman”, “Better Man”, “Immortality”), “Vitalogy” est un disque étrange. Au bons sens du terme. Car on y sent un groupe qui (et il le prouvera encore par la suite) fait ce qu’il veut quand bien même Epic/Sony aimerait le voir retourner à des schémas plus classiques.

Car jusqu’alors, dans la galaxie grunge, Pearl Jam est le groupe dont la musique se rapproche le plus d’une certaine forme de classic-rock. L’entité la plus facilement marketable sur le sol américain. Là où Alice in Chains absorbait la noirceur du metal, là où Soundgarden saupoudrait sa musique d’une sorte d’opacité psychédélique et là où Nirvana conservait une certaine aspérité punk malgré les palettes de disques vendus, Pearl Jam appliquait au grunge les codes de l’arena-rock (refrains épiques, balades, solos de guitare héroïques,…). Ce groupe, qui était au départ le plus facile d’accès de cette scène, se retrouvait à livrer un album insensé à ce moment de sa carrière (celui-ci se vendra néanmoins à quelques 5 millions d’exemplaires rien qu’aux Etats-Unis).

La production de Brendan O’Brien y est magistrale de clarté et de naturel (cette caisse claire, la présence des guitares…) et la prestation vocale d’un Eddie Vedder perdu dans le music-business, exceptionnelle (notamment sur l’hymne “Corduroy”).

Cerise sur le gâteau, le groupe insistait auprès du label pour sortir le disque dans une superbe réplique de livre médical.

Epic a réédité l’album en vinyle l’année dernière dans une édition qui, en plus d’être belle comme tout, sonne du feu de Dieu.

Edition évidemment disponible en ligne et au magasin !


PEARL JAM “Vitalogy” [2xLP]

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