On parle aujourd’hui de « Texas Flood », l’album de 1983 par lequel Stevie Ray Vaughan (SRV pour les intimes) et son groupe Double Trouble ramenèrent le blues d’entre les morts.

Flashback en 1982 : le groupe n’a pas encore sorti le moindre album mais tourne en Europe et se produit au festival de Montreux. Coup de bol (c’est beau la vie parfois), un certain David Bowie se promène par là et tombe en arrêt devant la prestation de ce blanc-bec texan qui fait hurler sa guitare comme s’il avait avalé à lui tout seul les héros six-cordistes du blues, du R’n’B, de la country et du rock’n’roll réunis. Bowie lui propose d’enregistrer les guitares leads de son prochain album qu’il prépare avec Nile Rodgers (« Let’s Dance ») et d’assurer la tournée qui suit. Stevie Ray décline la dernière offre mais accepte la première avant de s’en aller en studio enregistrer en quelques jours (3 ou 4 selon les versions) ce « Texas Flood ».

Alors, arrêtons-nous quelques secondes sur la situation présente.
On te propose le job de guitariste de David Bowie. Tu refuses.

Option 1 : tu es complètement inconscient.
Option 2 : t’as pas allumé ta radio ces 15 dernières années, tu sais pas trop qui c’est et après tout, du côté de Dallas, on t’a appris à te méfier des anglais depuis qu’ils ont essayé d’escroquer JR.
Option 3 : t’as une paire de balloches grosse comme ça et une telle confiance en ton projet que rien ne peut t’arrêter (un peu comme Raymond Domenech en 2010, mais néanmoins avec un petit quelque chose en plus).

A priori, l’Histoire retiendra l’option numéro 3 et donnera raison au Vaughan en propulsant « Texas Flood » aux sommets des charts et en inscrivant par la même occasion son nom au panthéon des guitaristes les plus phénoménaux à avoir foulé cette terre.

A la manière d’un Albert King sous stéroïdes et en y intégrant des éléments du rock’n’roll des fifties et du blues-rock des sixties, SRV ne jouait pas le blues. Il le dynamitait à grands coups d’assauts d’une main droite ultra-virile et d’une main gauche à la dextérité et au choix des notes qui laissaient les mâchoires sur le carreau. Une espèce de sauvagerie guitaristique inouïe pour le style, mélangée à un toucher et à une sensibilité mélodique d’une finesse infinie.

Forcément, tout cela ne pouvait pas durer. Sept années de carrière ponctuées d’excès en tous genres et trois albums plus tard, SRV finissait en cendres dans un crash d’hélicoptère après un concert. Non sans avoir omis de mettre la misère, le soir même, à Eric Clapton, Buddy Guy, Robert Cray et son frérot Jimmie Vaughan réunis sur scène lors d’un rappel légendaire.

C’est moche, mais l’histoire est belle.

Et ce « Texas Flood » demeure, trois décennies plus tard et probablement encore pour longtemps, un des intouchables sommets du blues-rock américain.

Dispo en LP en ligne et au magasin !

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