Il est assez facile de compartimenter la discographie de Marilyn Manson en triptyques.
Une première période metal-industriel à scandales (1994-1997 : “Portrait Of An American Family”/”Smells Like Children”/”Antichrist Superstar”), une deuxième plus rock que foncièrement metal où le bonhomme atteint l’apogée de son succès mondial (1998-2006 : “Mechanical Animals”/”Holy Wood”/”The Golden Age Of Grotesque”), une troisième sous forme de traversée du désert créative et commerciale (2007-2014 : “Eat Me, Drink Me”/”The High End Of Low”/”Born Villain”), et enfin, une quatrième, la renaissance artistique actuelle avec le très bon et bluesy “The Pale Emperor” paru en 2015.

“Mechanical Animals” inaugurait ainsi en 1998 un Manson mark II métamorphosé par rapport à celui qui déchirait des bibles et se torchait avec le drapeau américain sur la tournée précédente.
Débarrassé de ce folklore fatiguant et après avoir mis un terme à sa collaboration avec Trent Reznor de Nine Inch Nails, le chanteur se créait un nouveau personnage androgyne proche de l’univers du Ziggy de David Bowie et s’entourait d’une toute nouvelle équipe, notamment en recrutant Michael Beinhorn, producteur en vogue de l’époque et responsable (entre autres) du “Superunknown” de Soundgarden.
En coulisse, Billy Corgan de The Smashing Pumpkins aide le groupe à écrire ses chansons et fait plus que déteindre sur l’orientation musicale du disque.
Certains plans, certains refrains, sont du Pumpkins pur jus de l’époque, à cheval entre “Mellon Collie And The Infinite Sadness” et “Adore” (notamment le phénoménal morceau “Disassociative” qui pue le Corgan à 200 mètres à la ronde).
Est-ce pour cela que ce Manson est si bon ? Aucune idée mais clairement, celui-ci est peut-être son album le plus abouti et le plus intéressant musicalement.
D’autant plus qu’une fois enlevé son costume de Grand Satan de l’Amérique puritaine, le bonhomme est avant tout un chanteur exceptionnel.

Extrêmement varié, quelque part entre le glam-rock des seventies et le grunge des nineties, entre un hard-rock de stade et des titres beaucoup plus rampants et texturés, ce disque est pour moi le véritable joyau de la discographie du bonhomme.

Si vous ne connaissez Marilyn Manson que de l’image d’Epinal qu’on s’en fait à travers ses frasques et ses t-shirts aux slogans racoleurs, posez une oreille sur ce disque à mille lieues de tout ça et aussi facile d’accès et efficace qu’il est intelligent et maîtrisé.
Pour peu que vous aimiez le rock à (grosses) guitares, vous risqueriez d’être surpris…

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MARILYN MANSON “Mechanical Animals” [CD]

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