Cinq années après un “Black Album” qui les aura propulsé du statut de groupe de metal important à celui de plus gros vendeur de la catégorie à la grâce de singles colossaux en rotation sur toutes les ondes (même Chérie FM doivent encore aujourd’hui régulièrement diffuser “Nothing Else Matters”), Metallica revenaient avec l’album du mépris, “Load”.

Plus détesté que celui-ci (avec son compagnon “Reload”) dans leur discographie, il y a “St. Anger” et ses choix artistiques… déroutants, et “Lulu”, ignoble collaboration avec Lou Reed qui fait passer une jam bourré à cinq heures du mat’ pour un chef-d’oeuvre du rock-progressif. Mais c’est tout.
“Load” ne serait donc pas loin d’être la représentation ultime de la décrépitude musicale du groupe selon une grande partie de sa fanbase.

Et pourtant…

Et pourtant, personnellement, je trouve dans cet album d’énormes qualités.

Notamment celle du courage d’un groupe qui sait qu’il va droit dans le mur en proposant pareil package à des fans dont l’ouverture d’esprit a ses limites. Et qui le fait quand même, quand bien même cet album n’avait pourtant aucune chance.

En plus d’y abandonner le metal pour un hard-rock lourd et pétri d’influences du rock-alternatif des nineties (Ulrich répétait encore récemment qu’il usait “Dirt” d’ Alice in Chains quasiment tous les soirs en rentrant à l’hôtel sur les cinq tournées mondiales du “Black Album”), le groupe perpétrait le crime ultime dans la galaxie métaleuse : il se coupait les cheveux et commençait à se doter d’une image un peu arty à mille lieux des standards du style.
Les photos promo précédant la sortie de l’album déclenchaient la colère des fans pour qui ces héros viriles suants sur scène ressemblaient désormais à, ouvrez les guillemets, “des PD”.
Au-delà du comique de la situation, “Load” était déjà détesté avant même d’avoir été écouté.

C’est pourtant un formidable album, à cheval entre un hard-rock sudiste vaguement boogie et un rock-alternatif post-grunge bien plombé.
S’il souffre sur sa longueur d’une certaine monotonie rythmique, le disque n’en reste pas moins traversé d’excellentes chansons, bien plus créatives et en phase avec leur époque que si le groupe y ressassait un énième “Battery”.

Des singles “Until It Sleeps”, “King Nothing” et “Hero Of The Day” aux épiques et monstrueusement heavy “Bleeding Me” et “The Outlaw Torn” (chef-d’oeuvres de lourdeur flirtant avec les dix minutes) en passant par la ballade countrysante “Mama Said”, de nombreux titres mériteraient d’être ressortis des placards de l’Histoire dans lesquels ils ont été enfermés.

Si vous ne jurez que par le thrash génial des trois premières sorties des Four Horsemen, cet album n’est effectivement probablement pas pour vous.
Mais si Black Sabbath, Alice in Chains et Lynyrd Skynyrd reviennent régulièrement dans vos enceintes, posez ou re-posez une oreille à ce “Load”.
Vous y découvrirez (ou re-découvrirez) un groupe en pleine évolution, qui osa sortir des sentiers battus en publiant un disque original et hyper bien foutu à un moment de sa carrière où il aurait pu se contenter de faire du fan service pour assurer la belle vie de sa descendance sur seize générations.

Pour les convaincus, le méfait est disponible en ligne et au magasin en double LP.


METALLICA « Load » [2xLP]

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