Difficile de parler de ce disque en le sortant de son contexte. Donc allons-y gaiement, posons l’ambiance, tapons-nous sur les cuisses en faisant tourner les serviettes : la maman de Sufjan Stevens est décédée. Champagne !

Si beaucoup d’artistes consacrent une ou deux chansons à la perte d’un parent, rares sont ceux à y dédier un album complet. C’est pourtant ce que fait l’américain. Ou plutôt, il s’en inspire pour accoucher d’une collection de titres inspirés de ses souvenirs d’enfance et de ses relations avec sa mère et son beau-père.

“Carrie & Lowell” n’est pourtant pas un simple hommage à l’un ou à l’autre, c’est avant tout un superbe concentré de sentiments humains en pareille circonstance. L’amour, le doute, la tristesse, la tendresse, Stevens les exprime à travers des chansons extrêmement dépouillées ; belles, tout simplement.

D’une douceur infinie, souvent soutenue par une simple guitare, un banjo, quelques nappes de clavier dénuées de tout appui rythmique, sa voix feutrée se pose sur des titres aussi simples que touchants au sein desquels la magie ne tient qu’à un fil.

Cet album, sous ces atours cafardeux, n’est que rêverie, mélodies immédiates et douceur. L’ensemble se voyant magnifié par une production absolument sublime (le grain de la voix et la prise de son des instruments acoustiques sont des modèles du genre).

Tout le bruit et la fureur du monde auraient probablement eu moins de poids et d’impact que ces onze titres poignants et extrêmement personnels. L’art de dire beaucoup avec pas grand-chose. Et c’est là que ce “Carrie & Lowell” est monumental, dans cette faculté qu’il a à exprimer toute une palette d’émotions tout en restant en permanence dans la retenue.

Une mise à nue dénuée de tout sentimentalisme racoleur pour un disque aussi cafardeux que lumineux.?

Dispo en ligne et au magasin !


STEVENS, SUFJAN “Carrie & Lowell” [LP]

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